Des chercheurs auraient réussi à rajeunir des cellules de centenaires
Sous réserve d'études ultérieures venant le répliquer, Il s'agit à l'évidence d'un résultat important. De quoi s'agit-il ? Des chercheurs français, de l'Institut de Génomique Fonctionnelle à Montpellier, ont réussi à reprogrammer des cellules sénescentes -c'est-à-dire des cellules devenues incapables de se dupliquer car trop âgées-, en cellules souches pluripotentes induites (dites cellules IPS). Soit des cellules analogues aux cellules souches naturellement générées lors de la phase embryonnaire, lesquelles présentent tout à la fois la capacité à se dupliquer très vite, ainsi que l'aptitude à devenir n'importe quelle cellule spécialisée de l'organisme (peau, etc).
A la clé de ces travaux, dirigés par le biologiste Jean-Marc Lemaître et publiés le 1er novembre 2011 dans la revue Genes & Development, il y a évidemment des applications importantes. Car un tel résultat suggère la possibilité de pouvoir un jour guérir des patients âgés, en régénérant leurs tissus malades à l'aide de cellules prélevées sur leur propre organisme (par exemple des cellules de peau), et qui auront au préalable été cultivées de façon à être reprogrammées en cellules souches IPS.
La reprogrammation de cellules sénescentes en cellules souches est une première
Jusqu'à présent, d'autres chercheurs étaient déjà parvenus à créer des cellules IPS à partir de cellules déjà différenciées. C'est par exemple le cas des généticiens japonais Kazutoshi Takahashi et Shinya Yamanaka, qui ont réussi en 2006 à fabriquer pour la première fois des cellules souches IPS en reprogrammant des cellules adultes déjà différenciées, en l'occurence des cellules de peau. Ou encore, plus récemment, du biologiste Marcel Méchali, directeur de recherche CNRS à l'Institut de génétique humaine de Montpellier, lequel a amélioré en 2011 les résultats des deux japonais en produisant à l'aide d'oeufs de xénope des cellules IPS en plus grande quantité, ainsi que mieux reprogrammées (c'est-à-dire plus proches encore des cellules souches pluripotentes naturellement créées lors de la phase embryonnaire).
Toutefois, ces travaux avaient consisté à reprogrammer des cellules non sénescentes, c'est-à-dire encore capables de se dupliquer. Ici, la performance de Jean-Marc Lemaître réside donc dans le fait d'être parvenu à régénérer des cellules sénescentes, soit en quelque sorte en "fin de vie".
Un cocktail de 6 gènes
Pour parvenir à ce résultat, Jean-Marc Lemaître s'est basé sur les travaux précurseurs des japonais Kazutoshi Takahashi et Shinya Yamanaka cités plus haut. Lesquels avaient réussi à produire en 2006 leurs cellules IPS en injectant dans des cellules adultes de peau un cocktail de 4 gènes (lesquels répondent aux doux noms de Oct3/4, Sox2, c-Myc, et Klf4). Un cocktail qui avait suffi à transformer ces cellules de la peau en cellules souches. Jean-Marc Lemaître a donc réutilisé ce cocktail de 4 gènes, mais auquel il a rajouté deux gènes supplémentaires, baptisés NANOG et LIN28.
Résultat ? Le chercheur est parvenu à reprogrammer en cellule IPS des cellules initialement prélevées sur des donneurs âgés de 74 ans... à plus de 100 ans ! Selon les déclarations faites par le chercheur à l'AFP, les cellules IPS ainsi obtenues ne présenteraient plus les marques épigénétiques (c'est-à-dire des traces héritées au cours de l'existence de l'individu, qui se fixent petit à petit sur l'ADN des cellules), que l'on trouve habituellement en grand nombre dans les cellules de donneurs âgés.
Une reprogrammation parfaite des cellules est impossible à obtenir pour l'instant
Toutefois, en l'attente d'informations complémentaires que le Journal de la Science ne manquera pas de vous communiquer dès qu'il les obtiendra, il convient pour l'instant de conserver une certaine prudence vis-à-vis de ces travaux. Tout d'abord parce qu'aucune équipe de recherche dans le monde n'a jusqu'à présent réussi à obtenir des cellules IPS parfaitement reprogrammées. En d'autres termes, il est pour l'heure impossible d'éliminer complètement dans les cellules IPS les marques du vieillissement issues des cellules différenciées dont elles proviennent initialement. En d'autres termes, une régénération parfaite et totale de cellules adultes déjà différenciées, et a fortiori sénescentes, est un cap qui n'a pas encore été atteint. Les travaux menés par Jean-Marc Lemaître ne font vraisemblablement pas exception à la règle, sous réserve bien sûr d'informations complémentaires qui viendraient changer la donne.
D'autre part, au vu des informations dont nous disposons pour l'instant, les cellules IPS obtenues par Jean-Marc Lemaître ne semblent pas avoir été injectées à un donneur à la suite de leur obtention. Ce qui aurait pourtant permis de vérifier qu'elles étaient bel et bien capable de se transformer en cellule spécialisée de telle ou telle partie de l'organisme. Et donc, qu'il s'agissait bel et bien de cellules souches.
Le Journal de la Science ne manquera pas de vous apporter des informations complémentaires concernant ces travaux dès leur obtention.
Lire sur le Journal de la Science :
>> "Les cellules IPS représentent un espoir immense"
>> Des chercheurs français ont produit des cellules souches à partir de cellules déjà différenciées
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