NEUROGENESE

Les neurones créés durant l'adolescence sont cruciaux pour la sociabilité

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<p>Une étude menée sur des souris suggère que les neurones formés à l'adolescence sont indispensables au développement des compétences sociales <em>(Crédit : <a href="http://www.flickr.com/photos/ameotoko/">Ame Otoko</a>).<br /></em></p>
L'incapacité à produire correctement de nouveaux neurones pendant l'adolescence pourrait influer sur les compétences sociales futures. Un résultat issu d'une étude menée par des neurologues américains sur des souris.

Des chercheurs viennent de découvrir que les neurones créés par le cerveau lors de l'adolescence seraient vraisemblablement cruciaux pour la suite de l'existence. En effet, il semble que c'est grâce à eux que l'individu, une fois devenu adulte, serait capable de s'intéresser aux autres et d'interagir avec eux. Un résultat issu de travaux menés sur des souris, mais qui pourrait bien être prochainement confirmé également chez l'homme.

Des souris peu sociables


On le sait, notre cerveau produit des neurones en permanence, de la naissance à la mort. Or, ce phénomène, appelé neurogenèse, est particulièrement actif lors de l'adolescence. Ce qui laisse penser qu'il permet à l'individu de mettre en place des fonctions qui lui seront essentielles lors de sa vie d'adulte.

Pour en savoir plus, le psychiatre et neurologue Arie Kaffman, de l'Université de Yale (Etats-Unis), a désactivé le processus de neurogenèse chez des souris juvéniles. Ce qui a donc interrompu la production de nouveaux neurones chez ces souris.

Résultat ? Une fois devenues adultes, ces souris ont présenté des troubles de la mémoire et de l'anxiété, mais aussi un comportement complètement asocial. En effet, alors qu'une souris adulte saine passe son temps à aller vers les autres souris, et ce même si elle ne les connaît pas, ces souris ne semblaient pas du tout intéressées par l'interaction avec les congénères.

Qui plus est, non seulement ces souris n'allaient pas spontanément vers les autres souris, mais lorsque des congénères venaient vers elles dans le but d'interagir, elles ne réagissaient pas à ces avances, voire faisaient carrément volte-face!

Chez les souris adultes, un comportement social inchangé


Fort de ce premier résultat, Arie Kaffman a ensuite voulu évaluer les conséquences d'une interruption de la neurogenèse chez les souris adultes. Il en a donc sélectionné quelques unes, puis il a procédé à la même intervention que celle pratiquée sur les souris juvéniles.

Suite à cette interruption de la neurogenèse, les souris adultes ont présenté, comme pour les souris juvéniles, des troubles de la mémoire et de l'anxiété. Jusqu'ici, rien que de très normal, donc. Mais en revanche, Arie Kaffman a observé un fait étonnant : ces souris ne sont pas devenues asociales, contrairement aux souris juvéniles. En effet, elles ont continué d'interagir avec leurs congénères comme si rien n'avait changé.

On le voit, chez les souris, l'incapacité à produire de nouveaux neurones lorsqu'elles sont juvéniles débouche sur un comportement asocial à l'âge adulte. Alors que lorsque cette incapacité survient seulement à l'âge adulte, il n'y pas d'incidence sur le comportement social. En d'autres termes, les neurones fabriqués lorsque la souris est jeune sont décisifs quant à sa future aptitude à sociabiliser avec ses congénères.

Une découverte qui pourrait aider à mieux comprendre certains troubles mentaux


Chez l'homme, les neurones fabriqués durant l'adolescence sont-ils, comme chez les souris, la condition sine qua non permettant de développer des compétences sociales à l'âge adulte ? Pour l'instant, rien n'est certain de ce côté-là. Toutefois, si ce résultat est un jour validé chez l'homme, alors cela pourrait permettre d'améliorer considérablement la compréhension des troubles mentaux, notamment ceux qui affectent le comportement social.

Il deviendra notamment pertinent de se demander si certains troubles mentaux affectant le comportement social ne sont pas issus d'un dysfonctionnement ayant affecté la production de neurones durant l'adolescence.

D'autre part, il sera également possible d'explorer d'éventuels liens entre certains pathologies apparaissant précisément à l'adolescence, comme la schizophrénie, et la qualité du processus de neurogenèse des malades concernés.

Les travaux de Arie Kaffman ont été publiés le 4 octobre 2011 dans la revue Journal of Neuroscience.

Voir une vidéo de l'expérience :

Références de l'étude : Lan Wei, Michael J. Meaney, Ronald S. Duman and Arie Kaffman Affiliative Behavior Requires Juvenile, But Not Adult Neurogenesis The Journal of Neuroscience, 5 October 2011, 31(40):14335-14345;
doi:10.1523/JNEUROSCI.1333-11.2011


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