PALEOCLIMATOLOGIE

Il y a 1,25 millions d'années, un dépôt de poussière de fer dans l'Océan Antarctique a modifié le climat

Ocean fertilisation CO2
Les vents emportent en permanence dans l'atmosphère des poussières de minéraux présents dans les sols, et les déposent dans les océans, ce qui peut influer sur le climat. En effet, ces dépôts de minéraux favorisent le développement des organismes marins, lesquels capturent une part importante du CO2 de l'air pour le transformer en oxygène (Crédits photo : Mikeyskatie).
Une étude vient de montrer qu'un accroissement du dépôt de particules de fer dans l'Océan Antarctique, survenu il y a 1,25 millions d'années, a intensifié les glaciations.

Des chercheurs espagnols et suisses viennent de montrer que le dépôt des poussières continentales dans l'Océan Antarctique au cours des 4 derniers millions d'années a profondément modifié le climat au cours de cette période.

En effet, les mesures enregistrées par Antoni Rosell-Mele et Alfredo Martinez-Garcia, les deux responsables de l'étude, montrent que ce dépôt de poussière a connu un pic important il y a 1,25 millions d'années. Or, c'est précisément à partir de ce moment là que la durée des périodes glaciaires s'est allongée, passant de quelques 41 000 ans à 100 000 ans. En d'autres termes, l'augmentation du dépôt de poussière continentale aurait engendré une intensification des glaciations.

Antoni Rosell-Mele et Alfredo Martinez-Garcia NatureUne poussière constituée de minéraux très appréciés des organismes marins


Pourquoi le dépôt des poussières continentales dans l'Océan Antarctique aurait-il influé sur le climat global ? Pour comprendre ce phénomène, il faut d'abord s'intéresser à la composition de ces poussières continentales. De quoi sont-elles constituées ? Il s'agit surtout de fer, de manganèse, de zinc ou encore de cobalt. Ces particules présentes dans le sol sont emportées en permanence par les vents qui balaient les continents.

Or, ces particules sont des nutriments très appréciés des organismes marins, et notamment par les micro-algues. Lorsque cette poussière de nutriments se dépose dans les océans, ceci favorise alors le développement de ces micro-algues. Ces dernières absorbent le CO2 présent dans l'atmosphère via le mécanisme de la photosynthèse pour le convertir en oxygène. Ce qui a pour effet de diminuer la concentration de CO2 dans l'atmosphère... et donc de diminuer l'effet de serre causé par ce gaz, que l'on sait propice aux périodes de réchauffement climatique. Un phénomène qui permet d'ailleurs de comprendre pourquoi les océans sont appelés "puits à CO2".

Fertiliser les océans avec du fer pour abaisser le CO2 atmosphérique ?


Si ce résultat, publié le 3 août 2011 dans la revue Nature est une nouveauté, notons toutefois que l'influence du dépôt des poussières continentales dans l'océan sur le développement des micro-algues marines, et donc sur la modification du taux de CO2 atmosphérique, était déjà connu et étudié. Ainsi, en 2009, Rémi Losno et Sylvain Triquet, deux chercheurs CNRS du Laboratoire inter-universitaire des systèmes atmosphériques (Universités Paris-VII et XII), partaient en expédition dans l'Océan Indien afin de quantifier le dépôt de ces poussières, dans le but de mieux comprendre leur incidence sur le développement de ces micro-algues si friandes de CO2.

Tous ces travaux s'incrivent dans un débat, très en vogue en ce moment dans les milieux scientifiques : afin d'abaisser le taux de CO2 atmosphérique, faudrait-il "essaimer" les océans de cette poussière de nutriments, afin de favoriser le développement de ces micro-algues ? Si cette idée est fortement controversée, notamment parce qu'on ignore encore sur le long terme le destin du CO2 ainsi piégé dans les océans, certains chercheurs ont cependant déjà tenté l'expérience. Avec des résultats décevants. Ce qui n'a toutefois pas empêché des sociétés comme Planktos ou Climos de lancer des expéditions de "fertilisation" des océans, en larguant des particules de fer à la surface des océans.

Gageons cependant que seule une compréhension fine des mécanismes océaniques, et notamment du mécanisme de piégeage du CO2, permettra d'avancer vraiment efficacement sur cette question.


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