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Il y aurait de la matière organique sur Mercure

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<p>Sur l'image ci-dessus, les plaques brillantes détectées en 1991 à la surface de Mercure par le radiotéléscope de l'observatoire Arecibo (en jaune) ont été superposées aux zones de Mercure plongées en permanence dans l'obscurité, cartographiées en 2011 et 2012 par Messenger (en rouge). Toutes ces données ont ensuite été intégrées aux clichés de la surface de Mercure, pris par Messenger. Résultat : les plaques brillantes identifiées en 1991 sont bel et bien situées dans des zones privées de soleil en permanence, renforçant l'hypothèse qu'il s'agit bien là de nappes d'eau glacée.</p><p><em>Crédits : NASA/Johns Hopkins University Applied Physics Laboratory/Carnegie Institution of Washington/National Astronomy and Ionosphere Center, Arecibo Observatory</em></p>
Des mesures effectuées par la sonde Messenger suggèrent l'existence de matière organique à la surface de Mercure. Les données recueillies ont également permis de confirmer la présence d'eau sous forme de glace, ce que de précédentes mesures avaient déjà suggéré.

Des plaques sombres, presque noirâtres. Tel est l'aspect de ce qui serait en réalité des couches de composés organiques. Située sur les pôles Nord et Sud de Mercure, cette probable matière organique a été repérée grâce à l'altimètre laser installé à bord de Messenger, cette sonde de la Nasa qui orbite autour de Mercure depuis 2011.

Pour autant, la présence de matière organique sur Mercure ne signifie pas forcément que la vie y existe (en l'occurence, les exobiologistes pensent même que ce n'est probablement pas le cas) : constituée à partir d'eau et de carbone, la matière organique est seulement l'une des briques indispensables à l'apparition de la vie. Pour que cette dernière soit possible, de nombreux autres paramétres sont également nécessaires (température, etc).

Aux côtés de la découverte de matière organique sur Mercure, le spectromètre à neutron de Messenger a également permis de confirmer la présence d'eau sous forme de couches de glace. Pour y parvenir, le spectromètre à neutron de Messenger a d'abord mesuré la concentration moyenne en hydrogène. Puis ces résultats ont ensuite permis d'estimer la concentration moyenne en eau.

Des zones plongées dans une obscurité perpétuelle


Comment ces couches de glace peuvent-elles se maintenir à la surface de Mercure, étant donné la proximité de cette planète avec le Soleil (située à une distance du Soleil variant de 46 à 70 millions de km selon la position occupée sur son orbite, Mercure est la planète de notre système la plus proche du Soleil, d'où une température moyenne à la surface de quelques... 180°C !) ? Car ces plaques de glace sont situées dans des zones ne recevant jamais la lumière du Soleil, et dont les températures sont par conséquent très basses. En effet, l'axe de rotation de Mercure présente une inclinaison de moins de 1° - c'est le phénomène dit d'obliquité - (pour mémoire, la Terre présente une obliquité de 23°). Ce qui plonge des pans entiers de la surface de Mercure dans une obscurité permanente.

Si l'existence de matière organique sur Mercure est une nouvelle qui n'était pas forcément attendue par les planétologues, la présence d'eau sur Mercure n'est en revanche pas vraiment une surprise. En effet, en 1991, le radiotéléscope de l'observatoire d'Arecibo, situé sur la côte nord de l'île de Porto Rico avait braqué le faisceau de ses ondes radio vers Mercure, afin d'en savoir un peu plus sur la composition de sa surface.

Résultat ? En certaines zones de la surface de Mercure, les ondes radio émises par le téléscope de l'observatoire d'Arecibo avaient été puissamment réfléchies, révélant ainsi l'existence de plaques brillantes (zones jaunes sur la photo ci-dessus). Un phénomène qui avait dès cette époque incité les chercheurs à supposer l'existence de couches d'eau glacées sur Mercure.

Comètes et astéroïdes à l'origine de la matière organique sur Mercure


D'où proviennent ces probables composés organiques et cette eau ? Pour les planétologues, la réponse est simple : si eau et matière organique il y a à la surface de Mercure, alors ces éléments ne peuvent qu'avoir été apportés par les comètes et les astéroïdes ayant heurté Mercure au cours de son histoire. En effet, il est connu que les comètes et les astéroïdes recèlent de l'eau et des composés organiques (lire à ce propos l'article du Journal de la Science "Les océans proviennent-ils des comètes ?"). C'est notamment le cas des chondrites carbonées, ces météorites dont il est connu depuis le 19e siècle qu'elles recèlent des matières carbonées.

Eau d'un côté, matière organique de l'autre... Si, sur Mercure, ce cocktail n'a probablement pas débouché sur l'émergence de la vie, cette double découverte présente toutefois l'immense intérêt de dresser un panorama probablement proche de celui qui prévalait aux premiers âges de notre planète...


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