HOMME

Nos ancêtres sont-ils sortis d’Afrique en longeant d’anciennes rivières ?

rivière Sahara
Ci-dessus, une reconstruction des systèmes fluviaux au Sahara, il y a 115 000 à 130 000 ans. Les hommes modernes pourraient être sortis d'Afrique à cette époque en longeant la rivière Irharhar (à gauche). Crédits : Coulthard TJ, Ramirez JA, Barton N, Rogerson M, Brücher T (2013)
D’anciennes rivières sahariennes aujourd’hui disparues pourraient avoir permis à nos ancêtres de sortir d’Afrique, il y a un peu plus de 100 000 ans. C’est en tout cas ce que suggèrent des travaux menés par un hydrologiste britannique.

Il y a quelques 130 000 à 115 000 ans, trois rivières importantes auraient coulé en plein cœur du Sahara : baptisées Sahabi , Kufrah et Irharhar, ces trois cours d’eau auraient pris leur source dans les montagnes du sud du Sahara, pour s'écouler en aval, en direction du Nord. C’est en tout cas ce que suggère une étude dirigée par Tom Coulthard (Université de Hull, Grande-Bretagne), et publiée le 11 septembre 2013 dans la revue PLOS One http://www.plosone.org/article/info:doi/10.1371/journal.pone.0074834 .

Un résultat qui dépasse le seul cadre de la climatologie, car il pourrait aussi permettre aux paléoanthropologues de mieux comprendre  comment nos ancêtres sont sortis d’Afrique.

En effet, si la présence de ces trois anciens cours d’eau est bel et bien avérée, alors il est tout à fait plausible d’imaginer qu’ils aient pu favoriser la sortie d’Afrique de l’Homme moderne, estimée aujourd’hui à 125 000 ans (lire « L'homme moderne serait sorti d'Afrique il y a 125.000 ans ») : longer ces cours d’eaux et leurs rivages verdoyants, probablement riches en gibier, auraient permis à nos ancêtres de mener cette migration en disposant de toutes les ressources en eau et en nourriture nécessaires.

Comment Tom Coulthard a-t-il procédé pour conclure à l'existence de ces trois rivières ? Tout d'abord, il s'est appuyé sur les données existantes concernant le taux d'humidité qui prévalait dans le Sahara il y a 130 000 à 115 000 ans, dont de précédents travaux avaient montré qu'il était particulièrement élevé. Et pour cause, puisqu'au cours de cette période, la mousson africaine concernait un territoire plus étendu au nord que celui actuel, dont la limite nord 1000 km au nord de la limite actuelle.

Ces précipitations saisonnières qui inondaient les montagnes sahariennes à cette époque étaient-elles capables de générer des cours d'eau traversant le Sahara en direction du Nord ? C'est précisément ce qu'a voulu tester Tom Coulthard, bien conscient que la réponse à cette question était capable d'apporter de précieux éléments aux paléoanthropologues désireux de mieux comprendre cet épisode clé de notre histoire qu’est la sortie d’Afrique de l’Homme moderne.

Pour reconstruire l'activité hydrologique (l'hydrologie est consacrée à l'étude du cycle de l'eau, entre l'atmosphère, la surface terrestre et le sous-sol) et hydraulique (l'hydraulique est une discipline qui étudie la circulation des liquides) qui prévalait au Sahara il y a 115 000 à 130 000 ans, Tom Coulthard a réalisé une simulation informatique des précipitations qui prévalaient à cette époque en Afrique du Nord, sur une étendue de 12 millions de km2. Puis il a utilisé ces données pour créer un modèle hydrologique et hydraulique, lequel lui a permis de reconstruire les probables les écoulements d'eau qui avait cours dans le Sahara à cette époque.

Résultat ? Cette simulation informatique a permis de montrer qu'il existait vraisemblablement trois circuits fluviaux s'écoulant des montagnes sahariennes en direction du Nord (voir image ci-dessus) : à l’Est, le Sahabi et le Kufrah, deux importants cours d'eau qui s'écoulaient toute l'année, et à l'ouest, la rivière Irharhar, qui ne coulait que trois mois par an.

Parmi ces trois systèmes fluviaux, quel est celui qui pourrait le plus probablement avoir été longé par nos ancêtres lors de leur migration hors d'Afrique ? Selon Tom Coulthard, il pourrait s'agir de la rivière Irharhar. En effet, bien que ne s'écoulant que trois mois par an, la rivière Irharhar est la seule à relier une zone humide à une autre zone humide, une configuration propice à la présence humaine . Contrairement aux deux autres circuits fluviaux qui, bien qu’actifs toute l'année, terminent leur course dans des zones arides.

Cette étude a été publiée le 11 septembre 2013 dans la revue PLOS One, sous le titre “Were Rivers Flowing across the Sahara During the Last Interglacial? Implications for Human Migration through Africa”.


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