HOMME

Le chien aidait-il l'homme préhistorique à chasser le mammouth ?

mammouth
Les ancêtres du chien moderne aidaient les hommes préhistoriques à chasser le mammouth, selon une préhistorienne américaine. Crédits : Charles R. Knight
Nos ancêtres chassaient-ils le mammouth avec l'aide de canidés, ancêtres du chien moderne ? C'est en tout cas la thèse d'une paléoanthropologue américaine.

La scène se passe il y a 40 000 ans environ, quelque part en Europe. Un groupe de mammouths est harcelé par des canidés, dont l'aspect proche du loup suggère qu'ils sont les ancêtres du chien moderne. Peu à peu, ces "chiens primitifs" parviennent à rabattre l'un des mammouths vers un étroit passage rocheux, et l'obligent à s'y engager.

Dans le passage, des chasseurs armés de lances et de pierres sont cachés : ils attendent silencieusement l'arrivée du mastodonte...

Quelques instants plus tard, c'est l'embuscade : le mammouth est bientôt tué puis dépecé par les chasseurs, tandis que les chiens entourent la gigantesque carcasse, veillant à ce qu'aucun charognard ne vienne s'en délecter.

Autour de la carcasse, nous apercevons alors des centaines d'ossements blanchis, jonchant le sol... Des os qui, de toute évidence, appartiennent à d'autres mammouths. Certains sont même à moitié enfouis dans la terre, suggérant que nous sommes dans un lieu utilisé depuis longtemps par les chasseurs pour tendre des embuscades aux mammouths.

Fiction ou réalité ? Si aucune preuve ne permet d'attester de façon certaine de la validité d'un tel scénario, la paléoanthropologue américaine Pat Shipman (Université de l'Etat de Pennsylvannie, Etat-Unis) avance toutefois plusieurs éléments plaidant en sa faveur, dans un article publié dans la revue Quaternary International.

Le raisonnement de Pat Shipman s'articule en plusieurs phases. Tout d'abord, la paléoanthropologue avance que la trentaine de "cimetières" de mammouths retrouvés au cours de ces dernières décennies en Europe et en Asie par les préhistoriens sont à mettre au crédit de l'homme, et non de quelconques catastrophes naturelles (elle n'est pas la première à produire cette thèse, qui a déjà été avancée par plusieurs préhistoriens).

Pour affirmer ceci, Pat Shipman s'appuie principalement sur deux éléments : d'une part, le fait que les travaux de datation réalisés sur les ossements de ces cimetières montrent que les mamouths ne sont pas morts tous en même temps, mais que ces morts se sont étalées sur plusieurs décennies au moins. Ce qui écarte selon elle la possibilité d'une catastrophe naturelle. Et d'autre part, le scientifique américain souligne que ces cimetières de mammouths ont commencé à apparaître il y a 44 000 ans environ, soit à peu près au moment où l'homme moderne est arrivé en Europe.

Et selon Pat Shipman, pour chasser ces mammouths, nos ancêtres se seraient appuyés sur des ancêtres du chien moderne, lesquels auraient servi de rabatteurs orientant les mammouths vers des lieux d'embuscade bien précis. A l'appui de cette hypothèse, plusieurs éléments cités par la paléoanthropologue. Tout d'abord, le fait que des crânes de canidés aient également été retrouvés dans ces cimetières, portant les traces de fractures osseuses soignées (suggérant donc que des hommes prenaient peut-être soin de ces chiens).

Mais aussi, il y a le fait que les ossements de mammouths de ces cimetières aient été étonnamment peu attaqués par les charognards. En effet, les marques de dents retrouvées sur ces ossements sont en faible quantité, ce qui incite Pat Shipman à faire l'hypothèse que les carcasses de mammouths étaient protégées des prédateurs et des charognards par ces fameux chiens préhistoriques. Qui, selon elle, auraient ni plus ni moins monté la garde autour des carcasses de mammouths fraîchement tués, afin de permettre aux hommes d'en retirer une quantité de nourriture maximale.

Si cette hypothèse, encore bien fragile il faut bien le reconnaître, était un jour confirmée par d'autres découvertes, alors les cimetières de mammouths deviendraient de ce fait les plus vestiges de la collaboration entre l'homme et le chien.

Une dernière question demeure : cette hypothèse cadre-t-elle avec la période à laquelle a débuté la domestication du chien par l'homme ? Oui, selon une étude publiée le 15 novembre 2013 dans la revue Science (lire "Le chien aurait vu le jour en Europe il y a plus de 18 000 ans"), qui suggère que ce processus aurait commencé il y a 32 000 ans environ.

Ces travaux ont été publiés le 19 mai 2014 dans la revue Quaternary International, sous le titre "How do you kill 86 mammoths? Taphonomic investigations of mammoth megasites" .


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