PREHISTOIRE

Durant la préhistoire, les enfants aussi dessinaient dans les grottes

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<p>Dans la grotte, une partie des oeuvres d'art préhistoriques qui en ornent les parois sont des tracés digitaux (ci-dessus). ll s'agit de lignes entrelacées, tracées sur les parois argileuses de la grotte à l'aide de deux ou trois doigts <em>(Crédit: Jessica Cooney and Leslie Van Gelder).</em></p>
Dans la grotte de Rouffignac en Dordogne (France), certaines des oeuvres d'art dessinées il y a 13 000 ans sur les parois auraient été créées par des jeunes enfants.

Parmi les différentes formes d'art préhistorique, il y a les tracés digitaux : il s'agit d'entrelacs de lignes, tracées sur les parois meubles des grottes en faisant glisser deux ou trois doigts. Or, des travaux menés par des préhistoriens de l'Université de Cambridge indiquent que les tracés digitaux situés dans la grotte de Rouffignac (Dordogne, France), vieux de 13 000 ans, auraient été réalisés non pas par des adultes... mais par des enfants. Un résultat annoncé au cours d'une conférence qui s'est tenue à Cambridge le 2 et le 3 octobre 2011.

Des enfants âgés de 3 à 7 ans


Comment Jessica Cooney et ses collègues ont-ils fait pour découvrir que de nombreux tracés digitaux de la grotte de Rouffignac ont en fait été réalisés par des enfants ? Tout simplement en analysant les mensurations des empreintes de doigts laissées sur les parois de la grotte, puis en les comparant avec les mensurations d'enfants et d'adultes vivant aujourd'hui. Plus précisément, Jessica Cooney et ses collègues se sont concentrés sur les tracés digitaux réalisés à l'aide de trois doigts, dont ils ont systématiquement mesuré la largeur totale. Les chercheurs ont ensuite mesuré la largeur totale de l'index, du majeur et de l'annulaire chez des dizaines d'enfants et d'adultes vivant aujourd'hui.

Résultat ? Une grande partie des tracés digitaux de la grotte de Rouffignac auraient été réalisés par des enfants âgés de 3 à 7 ans.

Pour accéder aux parois, les enfants auraient été portés par des adultes


Plus encore, il semble que les enfants aient eu à leur disposition une salle en particulier au sein de la grotte. En effet, si les tracés digitaux ornent de nombreuses salles de la grotte de Rouffignac, il est une salle en particulier qui concentre un très grand nombre de ces tracés digitaux.

Une question se pose toutefois : sachant que les tracés digitaux de la grotte de Rouffignac sont généralement situés à des hauteurs inaccessibles aux enfants, comment expliquer qu'ils y ont toutefois eu accès ? S'il est impossible de savoir avec certitude comment ils ont procédé, les chercheurs avancent l'hypothèse que les enfants ont été portés par des adultes, soit à bout de bras, soit sur leurs épaules.

Une hypothèse renforcée par ce constat : si plusieurs des tracés digitaux de la grotte de Rouffignac ont été réalisés par des adultes, il n'existe toutefois aucun tracé digital d'adulte seul, c'est-à-dire sans la présence à ses côtés d'un tracé digital réalisé par un enfant.

Une petite fille de 5 ans très prolifique


Parallèlement à l'étude des âges, les chercheurs ont procédé à une étude du sexe des enfants auteurs de ces tracés digitaux, grâce à une technique développée par les préhistoriens Kevin Sharpe et Leslie Van Gelder, de l'Université de Cambridge. Au cours de ces dernières années, ces deux spécialistes des tracés digitaux de la préhistoire ont en effet mis au point une technique qui, en analysant les mensurations d'une trace de doigt seul effectuée sur une surface meuble, permet de prédire avec une fiabilité de 80% si l'auteur de la marque est de sexe masculin ou féminin. Un procédé qui, là encore, se base sur une comparaison avec les mensurations humaines actuelles.

En utilisant cette technique, Jessica Cooney a pu ainsi découvrir qu'une part importante des tracés digitaux de la grotte de Rouffignac étaient en fait le fruit d'un seul et même auteur : une petite fille âgée de 5 ans.

La signification des tracés digitaux demeure mystérieuse


Quant à la signification de ces tracés digitaux, le mystère demeure. En effet, les chercheurs ne disposent d'aucun indice permettant de savoir s'il s'agit là de réalisations dictées par des motifs rituels, ou simplement esthétiques. A moins que, comme le suggère Jessica Cooney, il ne s'agisse tout simplement pas là d'oeuvres réalisées par des enfants pour tromper l'ennui d'un jour de pluie...

Notons enfin que de précédents travaux publiés en 2006 par Leslie Van Gelder (co-auteur des travaux menés avec Jessica Cooney) et Kevin Sharpe dans la revue Antiquity avaient déjà permis d'indiquer que les tracés digitaux de la grotte de Rouffignac avaient vraisemblablement été réalisés par des enfants. Les travaux de Jessica Cooney viennent donc compléter ces premiers travaux. En y ajoutant notamment le critère du sexe des enfants.

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