ARCHEOLOGIE

Il y a 35 000 ans, l'homme de Cro-Magnon jouait de la flûte

Flute préhistorique homme Cro Magnon
Cette flûte d'os taillé, vieille de 35 000 ans, a été exhumée dans le site archéologique de Hohle Fels, en Allemagne (photo : H. Jensen / Université de Tübingen).
Une flûte vieille de 35 000 ans a été découverte par une équipe d'archéologues de l'Université de Tübingen. Un instrument qui lève le voile sur les pratiques musicales de nos ancêtres.

Il y a 35000 ans, l’homme de Cro-Magnon jouait déjà de la flûte le soir au fond de sa grotte. La preuve ? Une flute en os de vautour mise au jour sur le site archéologique Hohle Fels, dans le sud ouest de l’Allemagne. L'instrument, percé de 5 trous à doigt, mesure 22 cm pour 8 mm de diamètre. La découverte est relatée dans la revue Nature du 24 juin 2009.

Si les traditions musicales du paléolithique étaient déjà connues grâce à la découverte d’autres instruments (notamment dans la grotte d’Isturitz dans l’arrière pays basque, ainsi que dans cette même vallée du jura Souabe), cette flûte est la mieux conservée, et surtout la plus ancienne jamais retrouvée, selon le Pr. Nicholas Conard (Université de Tübingen), l'un des auteurs de la découverte. Et pour cause, puisqu'elle remonte à l’époque des premières installations de l’homme moderne en Europe, il y a quelques 35 000 ans...

Des concerts préhistoriques

Et certains archéologues vont même jusqu'à défendre l'idée que cette tradition musicale ancienne a même pu donner lieu... à des concerts. Selon Nathalie Roquerol, conservateur du musée d’Aurignac, les stalactites de la grotte d’Isturitz, lesquels présentent de nombreuses marques de coups, auraient peut-être servi de percussions : en frappant ces stalactites, on produit « des sonorités merveilleuse et variées, qui ressemblent un peu à celle d’un orgue », décrit l'archéologue. Si cette thèse est juste, alors rien n'interdit effectivement d'imaginer que ces "percussions" ont peut-être accompagné le son des flûtes dans les cavernes du paléolithique.

La musique pour améliorer la cohésion sociale

Si les circonstances exactes dans lesquelles notre ancêtre jouait de la musique demeurent encore mystérieuses, le Professeur Nicholas Conard estime en tout cas que « la musique aurait sensiblement contribué à améliorer la cohésion sociale et de nouvelles formes de communication. Indirectement ceci aurait favorisé l’expansion démographique des hommes modernes au dépend des populations néandertaliennes aux traditions culturelles plus conservatrices ».

Néandertal aurait-il réellement succombé à l’impérialisme culturel du Sapiens, sans violence particulière, ainsi que le suggère le Pr. Conrad ? Cette dernière hypothèse nécessite évidemment d'être confirmée par de nouvelles découvertes. Car s'il est bien un débat controversé, loin encore d'être tranché, c'est bien celui sur les causes de la disparition de l'homme de Néanderthal.

Mais il est en tout cas une certitude : notre ancêtre était non seulement un farouche chasseur, mais aussi un délicat joueur de flûte...

Références de l'étude :
"New flutes document the earliest musical tradition in southwestern Germany",
Nature 460, 737-740 (6 August 2009, publié en ligne le 24 juin 2009). Auteurs : Nicholas J. Conard, Maria Malina & Susanne Münzel.

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4 commentaires
Etonnante cette découverte... 35 000 ans c'est quand même énorme
Ca ne m'étonne guère cette découverte. Il doit y avoir un paquet d'autres instruments créés par nos ancêtres, que les préhistoriens n'ont pas encore retrouvés. Et de toute façon, le sens du beau n'est pas l'apanage exclusif de l'homme moderne !
@ Otto : Le sens du beau... Vaste question pour comprendre son apparition au cours de l'évolution. Hasard de l'évolution ("exaptation") ? Origine évolutionnaire non encore comprise par nous ? Mystère...
Peut-être qu'effectivement, l'art était-il plus développé chez Sapiens que chez Néanderthal. Mais d'autres facteurs ont peut-être été importants. Un qui me semble devoir et pouvoir être étudié (cf ci-dessous le mail que j'envoie ce jour au Prof. Dr. Svante Pääbo Director, Department of Genetics Max Planck Institute for Evolutionary Anthropology Leipzig) est la différence de fécondité entre une femme africaine avec un cycle lunaire (12x/an) et une femme d'une sous-espèce européenne qui pouvait avoir un cycle annuel (1 à 2x/an). [ (Dr Jacques Jean-Luc 2012 10 24) Homos Sapiens, Neanderthalis et Denisova La disparition de Néanderthal (N) en Europe et le métissage probable avec Sapiens (S) soulèvent de nombreuses questions et hypothèses. Epidémies, différences de potentiel intellectuel, différences culturelles, etc. ont été proposées comme explications. ====== Hypothèse ====== Une autre explication n'a pas encore, me semble-t-il, été proposée à la raréfaction puis disparition de Néanderthal : une différence de fertilité entre Néanderthal et Sapiens. Il se pourrait que Néanderthal, après les centaines de milliers d'années de la divergence d'avec sapiens (africain) ait acquis sous l'influence du climat froid/tempéré une fécondité et une sexualité (cycle annuel) typique de ces régions c.a.d. avec des périodes de reproduction (ovulation et rut) annuelles ou bisannuelles comme les autres grands mammifères européens. Par contre, Sapiens, alors récemment arrivé d'Afrique aurait gardé sa fécondité menstruelle (cycle lunaire). ====== Discussion ====== Cette fécondité de type climat froid/tempéré pourrait expliquer, puisque le taux de reproduction de Néanderthal aurait été plus lent que Sapiens (africain), qu'il ait été, le territoire étant progressivement envahi par celui-ci, plus fertile, progressivement isolé en petits groupes, ce qui aurait rendu les contacts de plus en plus difficiles entre ceux-ci. Cela pourrait ainsi expliquer la diminution de la variabilité de son génome dans les dernières 50.000 années de son existence. Il semble également que Néanderthal et Sapiens se soient croisés au Proche-Orient et en Europe. Dans ce cas, la différence de fertilité, aurait favorisé le croisement d'un homme (mâle) Néanderthal et un femme Sapiens plutôt qu'entre un homme (mâle) Sapiens et une femme Néanderthal celle-ci étant 6 à 12x moins souvent en période d'ovulation. Et le petit descendant hybride, se serait alors la plupart du temps retrouvé dans un groupe Sapiens de sa mère. Il semble enfin qu'en Europe, un nombre non négligeable de femmes souffrent de ménorrhées rares ou erratiques. ====== Propositions de recherches ====== ---- 1° Théorique : vérification d'un cycle annuel de fécondité chez Néanderthal ---- S=Sapiens : chromosomes sexuels S-X et S-Y et autosomes S-A (A1 à A22) N=Neanderthal : chromosomes sexuels N-x et N-y et autosomes N-a (a1 à a22) Dans l'hypothèse d'un croisement plus fréquent N-xy et S-XX que S-XY et N-xx, une étude statistique devrait montrer pour les chromosomes sexuel des proportions différentes des autres paires de chromosomes S-A et N-a. En effet avec cette hypothèse, dans la population hybridée, l'apport N-y/S-Y doit apparaître dans une proportion plus élevée que N-a/S-A, lui-même ayant un rapport plus élevé que N-x/S-X. Une deuxième conséquence devrait être que l'apport de l'ADN mitochondrial (apporté uniquement par l'ovule) devrait lui-même être encore plus rare (cela semble déjà vérifié) que l'apport du N-x . +++++ On devrait alors vérifier N-y/S-Y > N-a/S-A > N-x/S-X > N-m/S-M. +++++ Les ADNs Sapiens et Néanderthalis étant actuellement suffisamment connus, une étude des gênes porté par les mitochondries (M,m), chromosomes sexuels (Y,y et X,x), autosomes (A1a1, A2a2, ...) devrait vérifier ou non cette hypothèse. Dans le cas de différences significatives, leurs ampleurs pourraient également servi d'indice à la prépondérance de cette explication, et à son influence sur les interactions culturelles (l' enfant hybride étant plus fréquemment hébergé dans un groupe sapiens), ... ---- 2° Appliquée (médicale) ---- La présence de femmes européennes souffrant de ménorhées rares ou erratiques pourrait également être due à un ou des gênes d'origine néanderthalienne qui, homozygote(s), devrai(en)t au moins rendre les menstruations rares et/ou, hétérozygote(s), pourrai(en)t perturber le cycle menstruel. Une étude clinique devrait, si l'hypothèse est correcte, montrer que ces troubles du cycle seraient moins fréquents chez les femmes africaines subsahariennes que chez les femmes des autres continents. Si cette étude clinique validait cette hypothèse, une étude génétique comparative (peut-être difficile à réaliser statistiquement) pourrait vérifier si cela est du à des gênes particuliers néanderthaliens. Cela pourrait alors étayer l'étude théorique, au cas ou les proportions de pathologies et de gênes étaient comparables à celles de l'étude 1°. Cela pourrait aussi ensuite avoir comme second bénéfice, médicalement éventuellement important, de permettre d'identifier ce(s) gêne(s) comme étant ceux qui contrôle(nt) le cycle menstruel. La présence de ce(s) gêne(s) néanderthaliens chez une femme pourrai(en)t servir d'élément diagnostic voir pronostic de ces pathologies du cycle menstruel. ====== Conclusions ====== Les connaissances sur les interactions Sapiens-Néanderthal et la disparition de ce dernier sont en pleine évolution. Il pourrait être utile, d'un point de vue purement scientifique, de vérifier la pertinence d'une différence de fertilité, due à une périodicité lunaire ou annuelle des cycles de reproduction de ces sous-espèces et de l'apport des individus des 2 sexes, comme hypothèse d'explication de leurs évolutions divergentes, et son importance parmi les autres explications proposées. Dans le cas ou cela serait vérifié, les études cliniques pourraient être d'un apport non négligeable à la mise au point de certains problèmes de fertilité. ====== Note ====== Denisova semble plus proche de Néanderthal que de Sapiens. Le jour où on aura suffisamment de matériel génétique de l'homme de Denisova, on pourrait mener une étude similaire sur le mode des croisements entre Sapiens et Denisova (voire croisements S-N-D) et sur l'apport de chaque sexe dans cette(ces) hybridation(s). ]
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