SANTÉ

Fumer du cannabis modifie l'anatomie du cerveau

cannabis
Fumer régulièrement du cannabis est susceptible d'altérer l'anatomie du cerveau, révèlent des neurologues américains. Et ce, même si la consommation est très modérée. Crédits : Chmee2
Les jeunes adultes fumant régulièrement du cannabis présentent une anatomie cérébrale modifiée, révèle une nouvelle étude de neuroimagerie menée par des neurologues américains.

La structure cérébrale des jeunes adultes qui fument du cannabis au moins une fois par semaine présente des différences notables avec l'anatomie cérébrale des jeunes adultes abstinents.Telle est la conclusion d'une étude publiée le 16 avril 2014 dans la revue Journal of Neuroscience.

Selon ces travaux, ces altérations concernent l'amygdale et le noyau accumbens, deux structures cérébrales respectivement impliquées dans les émotions et la motivation.

S'il ne s'agit certes pas de la première étude mettant en lumière l'existence d'une corrélation entre l'utilisation de cannabis et la modification des structures cérébrales, c'est en revanche la première fois que le recours régulier au cannabis est relié de façon aussi claire à une modification de l'amygdale et du noyau accumbens.

En effet, plusieurs autres études avaient précédemment mis en lumière le fait que la consommation régulière de marijuana induisait des modifications dans l'anatomie cérébrale des sujets. Ces précédents résultats ont d'ailleurs été récemment synthétisés au sein d'une revue scientifique intitulé "Structural and Functional Imaging Studies in Chronic Cannabis Users: A Systematic Review of Adolescent and Adult Findings", publiée le 4 février 2013 dans la revue Plos One. Ce travail de synthèse montre notamment que l'usage régulier de cannabis est associé à des modifications affectant le cortex frontal (une zone classiquement associée aux comportements dit « complexes », comme la prise de décision, la rationalité…) et le cervelet, une zone chargée de la coordination des mouvements.

Pour parvenir à ce nouveau résultat, la neurologue américaine Jodi M. Gilman (Harvard Medical School, Boston, États-Unis) et ses collègues ont analysé la structure cérébrale de 20 jeunes adultes fumant de la marijuana au moins une fois par semaine, mais sans pour autant être dépendants. Ces données de neuroimagerie ont ensuite été comparées à celles obtenues via l'analyse cérébrale de 20 jeunes adultes totalement abstinents.

Résultat ? Tout d'abord, il s'est avéré que la taille et la forme du noyau accumbens des volontaires consommant régulièrement du cannabis présentaient des différences importantes avec la taille et la forme du noyau accumbens des volontaires abstinents (rappelons que le noyau accumbens est notamment impliqué dans la motivation). Ces modifications se caractérisant notamment par une augmentation de la taille du noyau accumbens chez les consommateurs de marijuana.

Ce résultat est à relier au fait que le noyau accumbens joue un rôle central dans le circuit dit de la « récompense », dont la fonction principale est de générer des sensations de plaisir lorsque l'individu effectue des actions adaptées à son environnement, et donc favorable à sa survie (recherche de nourriture, reproduction…). Si ce système de récompense est bien évidemment opérant chez l'ensemble des individus, il se trouve qu'il fonctionne de façon accrue chez les personnes qui consomment régulièrement des drogues ou de l'alcool (ou même qui s'adonnent régulièrement aux jeux d'argent). Cet éclairage permet donc de mieux comprendre ce premier résultat.

Aux côtés des modifications concernant le noyau accumbens, des altérations dans la forme de l'amygdale ont également été repérées chez les consommateurs de marijuana. Toutefois, la taille de cette zone cérébrale n'était pas affectée. Ce qui n'empêche pas les auteurs de l'étude de faire l'hypothèse que, bien que l'étude ne révèle aucune modification en taille de l'amygdale, ce phénomène est susceptible de se produire dans un second temps, c'est-à-dire après la modification de la forme de l'amygdale. Pour appuyer cette hypothèse, les auteurs de l'étude s'appuient sur de précédents résultats montrant que la taille de l'amygdale des consommateurs intensifs de cannabis finit elle aussi par être affectée.

Par ailleurs, cette étude met également en lumière l'existence, chez les fumeurs de cannabis, d'une moindre densité de matière grise dans le cortex préfrontal. Un résultat cohérent avec les précédents travaux menés sur le sujet.

Signalons enfin que cette étude, contrairement à la plupart des autres études précédemment menées sur les effets cérébraux du cannabis, porte sur des individus ayant une consommation très modérée de cannabis (une fois par semaine au moins), et n'étant pas dépendants : le fait que des altérations cérébrales aient malgré tout été identifiées est bien évidemment un résultat préoccupant.

Ces travaux ont été publiés le 16 avril 2014 dans la revue Journal of Neuroscience, sous le titre "Cannabis Use is Quantitatively Associated with Nucleus Accumbens and Amygdala Abnormalities in Young Adult Recreational Users" .


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