SANTE

La pollution de l'air accroîtrait le risque d'autisme

pollution air
Un nuage de pollution flotte au-dessus du Port Victoria de Hong-Kong. Crédits : Yym1997
L'exposition à des niveaux élevés de pollution atmosphérique durant la grossesse augmenterait sensiblement le risque d'autisme chez le nouveau-né.

Autant le dire tout de suite, le résultat de cette étude, publiée le 18 juin 2013 dans la revue « Environmental Health Perspectives » n'incite pas à l'optimisme. Et pour cause, puisqu’il suggère l’existence d’une forte corrélation entre pollution de l’air et autisme.

En effet, selon ces travaux, les femmes habitant dans des zones fortement polluées pendant leur grossesse seraient jusqu'à deux fois plus susceptibles d'avoir un enfant atteint d'autisme que les femmes habitant dans des zones faiblement polluées.

Pour parvenir à ce résultat, l’épidémiologiste américain Marc Weisskopf et ses collègues de l’Ecole de Santé Publique de l’Université de Harvard (Boston, Etats-Unis) ont analysé les données fournies par la Nurses' Health Study II, une vaste enquête épidémiologique entamée en 1989 avec le soutien de l’Institut National de la Santé des Etats-Unis (National Institute of Health).  

Grâce à ces données, les épidémiologistes américains ont pu constituer un échantillon constitué de  325 femmes ayant eu un enfant autiste, et de 22 101 cas dits « contrôle », c’est-à-dire concernant des femmes ayant eu un enfant sans trouble autistique.

Puis les médecins ont recoupé ces données avec les niveaux de pollution de l’air relevés au lieu et à la date de la grossesse de ces femmes. Des informations obtenues grâces aux mesures effectuées par l’Agence de Protection de l’Environnement des Etats-Unis (U.S. Environmental Protection Agency) au cours des périodes concernées.

Grâce à ce travail, les auteurs de l’étude ont ainsi pu évaluer avec précision le degré d’exposition aux polluants atmosphériques de chacune de ces femmes au cours de leur grossesse. Grâce à ces résultats, ils ont réparti les lieux dans lesquels les femmes résidaient durant leur grossesse en cinq tranches géographique (appelées quintiles), des lieux les moins polluées aux plus pollués.

Une fois ces manipulations effectuées, ces données ont été corrigées en intégrant d’autres facteurs comme le revenu, la catégorie socio-professionnelle ou encore l’exposition à la fumée de cigarette, afin d’éliminer tout risque de biais statistique.

Résultat ? Marc Weisskopf et ses collègues de l’Ecole de Santé Publique de l’Université de Harvard ont découvert que les femmes ayant vécu leur grossesse dans des lieux correspondant à la tranche géographique la plus polluée en mercure atmosphérique et en particules de diesel étaient deux fois plus susceptibles d’avoir un enfant atteint d’autisme que les femmes qui résidaient, durant leur grossesse, dans la tranche géographique la moins polluée.

Et lorsqu’on ne prend pas seulement en compte le mercure et le diesel, mais la moyenne de tous les polluants atmosphériques pris en compte par l’étude comme le plomb, le manganèse ou le chlorure de méthylène, le résultat n’est guère plus encourageant. En effet, il révèle que les femmes ayant résidé durant leur grossesse dans les 20% de lieux présentant les plus hauts niveaux de ces polluants avaient un risque accru de 50% de voir leur un enfant souffrir d’autisme par rapport aux femmes ayant vécu leur grossesse dans la tranche géographique des lieux les moins pollués.

Ces résultats sont-ils une surprise ? En réalité, pas tant que cela. En effet, de précédents travaux avaient déjà montré l’existence d’une corrélation entre l’autisme et la pollution atmosphérique.  C’est par exemple le cas d’une étude publiée en 2010, intitulée « Proximity to point sources of environmental mercury release as a predictor of autism prevalence », suggérant l’existence d’une corrélation entre la concentration atmosphérique de métaux tels que le cadmium, le mercure ou le manganèse et l’autisme. Une autre étude, publiée en 2011 sous le titre "Residential proximity to freeways and autism in the CHARGE study", avait quant à elle pointé l’existence d’une correlation entre l’autisme et la concentration atmosphérique en particules diesel.

Toutefois, ces précédentes études portaient sur des échantillons plus réduits. De plus, ces travaux concernaient des zones très localisées du territoire américain, contrairement à cette nouvelle étude.

Il est possible de consulter gratuitement l’intégralité de cette nouvelle étude en cliquant sur ce lien "Perinatal Air Pollutant Exposures and Autism Spectrum Disorder in the Children of Nurses’ Health Study II Participants".

Source : “Perinatal Air Pollutant Exposures and Autism Spectrum Disorder in the Children of Nurses’ Health Study II Participants”, Environmental Health Perspectives, 18 juin 2013


VOUS AIMEREZ AUSSI
NEWSLETTER DU JOURNAL DE LA SCIENCE

Vous aimez la science ? Abonnez-vous à la newsletter du Journal de la Science, et recevez chaque soir un résumé clair et synthétique de l'actualité scientifique de la journée :

VOTRE OPINION SUR CET ARTICLE